29 avril 2026

Pénurie de main d’œuvre; cause ou conséquence

La pénurie de main‑d’œuvre au Québec pèse lourdement sur les PME : postes non comblés, délais de production et pression sur la chaine d’approvisionnement. Face à un bassin de candidats restreint et à la concurrence pour les talents, les entreprises doivent combiner solutions humaines et organisationnelles pour maintenir leurs activités et préparer la croissance.

Parmi les réponses classiques, la formation interne permet de transformer des employés polyvalents en ressources qualifiées, réduisant la dépendance au recrutement externe. La rétention — via salaires compétitifs, horaires flexibles et avantages ciblés — limite les départs et protège le savoir‑faire. L’automatisation ciblée supprime les tâches répétitives à faible valeur ajoutée, libérant du temps pour des activités à plus forte contribution. Le recours à la sous‑traitance offre une flexibilité immédiate pour des compétences ponctuelles, tandis que l’immigration d’employés qualifiés reste une option pour combler des pénuries structurelles.

Toutefois, ces leviers sont plus efficaces s’ils s’inscrivent dans une démarche d’amélioration continue. Le Lean Management fournit une méthode pragmatique : cartographier les processus, identifier les gaspillages, standardiser les meilleures pratiques et impliquer les équipes dans la résolution de problèmes. En réduisant les pertes de temps, les mouvements inutiles et les défauts, le Lean augmente la productivité par employé et crée ainsi de la capacité additionnelle sans recruter.

Concrètement, une PME peut commencer par un diagnostic rapide des flux de travail, lancer des chantiers d’amélioration sur les goulots d’étranglement, puis automatiser les tâches identifiées comme répétitives. En parallèle, investir dans la formation sur les méthodologies de résolution de problèmes et principes fondamentaux de l’amélioration continue croisée aux mesures de rétention consolide la capacité humaine. Cette combinaison — amélioration continue + outils ciblés — permet non seulement de survivre à la pénurie, mais aussi d’en sortir plus résiliente et compétitive.

Embaucher des nouvelles ressources qui travailleront dans des processus inefficients correspond à embaucher une fraction (parfois très faible) de ces ressources et contribue à réduire la productivité (plus d’efforts sans plus de valeur).

Avant de parler de pénurie de main d’œuvre, ne devrions-nous pas éliminer le temps de travail caché dans les gaspillages qui ne crée pas de valeur, et récupérer ce temps pour la création de valeurs de l’entreprise?  Alors que nous continuons de constater que le Québec traine au bas de peloton de la productivité en Amérique du Nord (et ailleurs), est-ce que la pénurie de main d’œuvre est une cause au problème ou une conséquence de nos processus inefficients?

Guy Martel
PDG Mouvement québécois de la qualité
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