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Sommet Performance 2019 – Ce qu’on n’apprend pas à l’école

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Le 23 octobre 2019, nous avons assisté à la quatrième édition du Sommet Performance organisé par Proaction International, entreprise spécialisée en gestion de la performance. Ce fut une fois de plus un événement riche en contenu! Trois conférences en particulier nous ont marqués.

Notre rapport au temps

Michel Coupal
Directeur R et D chez Proaction International

Michel Coupal a troqué son rôle de maître de cérémonie de 2018 pour celui de conférencier. Honnêtement, on adore écouter Michel Coupal, peu importe le chapeau qu'il porte! Son sujet fut traité à sa façon : chaotique et imprévisible!

On ne s'en rend pas vraiment compte, mais nous sommes dominés par notre rapport au temps. Nous n'avons qu'à considérer nos façons d'en parler : trouver du temps, manquer de temps, gagner du temps,  savourer le temps qu'on a, perdre du temps ou arriver juste à temps.

M. Coupal a puisé dans ses souvenirs d'école, autant comme étudiant que comme enseignant, pour faire un lien avec la thématique générale du Sommet. Utilisant des exemples extrêmes comme de compter les mots dans une composition écrite (« ai-je enfin atteint les 350 mots demandés? ») ou empêcher les étudiants d'aller aux toilettes pendant un examen, M. Coupal a fait un parallèle avec les tâches techniques qui monopolisent la totalité de notre attention dans le milieu professionnel.

Nous incitant à mettre en sourdine notre « clochette de vigilance », cette petite voix qui nous conseille d'y penser à deux fois avant de répondre, M. Coupal nous a posé deux questions très simples :

  • qu'avez-vous fait au travail hier?
  • pourquoi êtes-vous ici aujourd'hui?

Sans surprise, en jouant le jeu, ce qui est ressorti comme réponses s'est révélé plutôt technique, convenu et terre-à-terre. Personne dans la salle n'a par exemple dit qu'il avait pris deux heures hier après-midi pour « travailler son humilité ». D'ailleurs, si vous aviez mentionné cela à vos collègues, ils se seraient sans nul doute demandé s'ils ne devaient pas appeler la police!

Pourtant, nous savons que ces compétences « humaines », qui influencent souvent la façon dont nous accomplissons les tâches techniques, sont importantes.

Après avoir classé nos réponses aux deux questions dans un système que notre conférencier a appelé les « bandelettes de Coupal », qu'en est-il ressorti? La majorité des éléments se sont retrouvés dans la catégorie peu enviable du bas, celle des « subisseurs » : j'ai rédigé un rapport, j'ai préparé une présentation, etc. Autrement dit, j'ai fait ce qu'on m'a demandé de faire.

Quelques réponses se sont mérité la bandelette du milieu, les « neutres » : j'ai travaillé en équipe, j'ai aidé un collègue, etc.
Mais aucune réponse ne s'est retrouvée dans la bandelette du haut, les « teinteurs ».

Lorsqu'un « teinteur » a réalisé quelque chose, on peut dire qu'il existe un « avant » et un « après » ce qu'il a accompli. Ce n'est pas donc pas une mince tâche d'être un teinteur strictement en accomplissant des tâches techniques. Dans le cas de la découverte de la pénicilline ou d'inventions comme la télécommande, l'ampoule électrique et le téléphone intelligent, on peut facilement visualiser l'avant et l'après. Toutefois, bien peu de gens auront l'opportunité de réaliser des avancées aussi notables dans le cadre de leurs tâches techniques.

Ce rapport qu'on vous a par exemple demandé de produire, comment allez-vous le rédiger? Y aura-t-il un avant/après votre document? La réponse sera affirmative si vous voyez votre rapport comme un moyen de vous développer, et de développer les autres. C'était la même chose à l'école : toutes les règles et toutes les matières enseignées ne servent en réalité qu'à préparer ce qui compte vraiment dans la vie. Vous avez une job à faire, c'est vrai, mais faites-la de sorte à laisser quelque chose de plus grand, de plus beau et de meilleur.

M. Coupal a terminé avec une question sortie de nulle part : êtes-vous un œuf ou une patate?

Mais pourquoi cette question, direz-vous? C'est que l'œuf durcit dans l'eau bouillante alors que la patate ramollit. Malgré cette différence, ces deux aliments ont un point en commun : dans le même environnement, ils subissent une transformation.

Et alors? Eh bien, pourquoi ne pas être comme un grain de café? Qu'est-ce qu'il fait, le grain de café? Il ne se dit pas : « oh mon Dieu, je vais ramollir! ». Il dit plutôt à l'eau bouillante : « va te faire voir, j'te teinte! » (M. Coupal a utilisé des mots plus crus que nous ne pouvons écrire ici!)
Tout ça pour dire que ce n'est pas l'environnement qui compte, mais bien de quoi vous êtes fait. Laissez votre marque!

Voilà ce qu'on appelle terminer un exposé en force!

Une mémoire de mammouth : les effets du stress sur la mémoire

Sonia Lupien
Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le stress humain
Fondatrice et directrice du Centre d'études sur le stress humain

Êtes-vous stressé? Si vous avez répondu oui, vous faites partie de la majorité. Et pour vous, le stress représente sûrement un ennemi à combattre.
Le problème selon Mme Lupien? Vous ne savez pas ce que c'est le stress! Pas facile alors de combattre quelque chose qu'on ne connaît pas bien.

En effet, les gens croient à tort qu'être stressé, c'est subir la pression du temps. Ils s'imaginent que pour y faire face, il faut gérer le temps à l'aide d'un calendrier détaillé et d'un bon gestionnaire de tâches. Bien sûr, l'idée est abandonnée au bout de deux semaines, car consulter la liste des tâches à faire est... trop stressant! De plus, si le stress était réellement lié à la notion de temps, pourquoi la maladie d'un proche serait-elle une source de stress?

Depuis des années, Mme Lupien étudie le stress et ses conséquences réelles. Elle est donc bien placée pour nous aider à comprendre les réactions physiques liées au stress.

Lorsque notre cerveau détecte une menace (il s'agit là de sa tâche principale, peu importe l'utilisation quotidienne qu'on en fait!), il produit des hormones de stress dont le niveau peut être mesuré. Avec les progrès de la science, on peut même aujourd'hui recueillir ces données à partir d'une mèche de cheveux et ainsi connaître le niveau de stress d'une personne depuis les trois derniers mois!

Il existe essentiellement deux types de stress : absolu et relatif. Pour faire court, le stress absolu résulte d'une menace immédiate à la vie. Pensons à nos ancêtres préhistoriques qui, pour s'alimenter, s'aventuraient à combattre et tuer un mammouth… ou devaient prendre la fuite pour éviter une attaque.

En 2019, dans un pays comme le Canada, il n'existe pour ainsi dire pas de sources de stress absolu. Pour en trouver à étudier, il faut se rabattre sur des exemples inventés de toutes pièces, comme cette émission de téléréalité brésilienne où des participants « involontaires » sont placés dans une situation de stress absolu. Nous avons eu droit à un extrait de cette vidéo où deux femmes plongées dans la noirceur dans un ascenseur immobilisé voient surgir le « fantôme » d'une petite fille. Leur réaction en dit long!

C'est bien beau tout ça, mais ce n'est pas ce genre de stress que vous vivez. Ce que vous connaissez, c'est le stress relatif, c'est-à-dire une situation qui combine un ou plusieurs de ces facteurs : contrôle faible, imprévisibilité, nouveauté et égo menacé.

Le problème, c'est que la réponse de notre organisme au stress relatif est la même que celle déclenchée par le stress absolu. Toutefois, les humains d'aujourd'hui n'arrivent pas à évacuer l'énergie générée par le stress relatif alors que nos ancêtres se libéraient de leur stress absolu grâce à l'activité physique intense associée à la chasse.

Cette énergie qui finit par s'accumuler chez l'être humain contemporain ne trouve habituellement un exutoire que dans des accès de colère. Si nous voulons retrouver la sagesse naturelle de nos ancêtres, il nous faut nous aussi pratiquer une activité physique. Elle ne vous empêchera pas d'être stressé, mais elle vous libérera!

La première conséquence du stress est l'incapacité de discriminer ce qui est pertinent de ce qui ne l'est pas (ce qu'on appelle l'attention sélective). La situation qui nous stresse prend toute la place dans notre conscience. On peut s'en soulager temporairement en glissant tout ça « sous le tapis ». Ça va fonctionner… tant que le cerveau reste stimulé. Mais dès qu'on se met au repos, les « stresseurs », aussi appelés les « menaces non négociées », remontent à la surface pour hanter notre esprit.

Comment faire pour empêcher cela? Développer des plans B… même si vous n'avez pas l'intention de les mettre en action! Réfléchir à ce que vous ferez quand la situation se produira. Une telle préparation, un premier pas en quelque sorte, suffit pour que votre cerveau considère l'affaire classée dans l'immédiat.

Qu'en est-il maintenant de l'influence de notre propre stress sur nos enfants? Eh bien, ils le ressentent, ce qui n'est pas bon. Comment les protéger? De la même façon que, dans un avion, nous devons mettre notre propre masque à oxygène avant de nous occuper de notre enfant. Il faut en effet travailler d'abord sur soi si l'on veut bien s'occuper des autres!

Une belle conférence rodée au quart de tour qui nous a instruits, fait rire et fait réfléchir. Comme le dit si bien Mme Lupien, ce sont vos impôts qui ont payé pour ça! Pour en apprendre plus sur le stress : www.stresshumain.ca

Le futur du travail – Y sommes-nous préparés?

Jean-François Bertholet
Consultant en développement organisationnel

Chaque année, M. Bertholet profite de la plateforme qui lui est offerte pour nous bombarder littéralement de bonnes pratiques et de matière à réflexion.

Il a d'abord défini les trois mots en C nécessaires à la pérennité de l'organisation du futur. Chaque mot était associé à une image et à un autre mot :

  • créativité – le popsicle et le jeu;
  • communauté – la poule et la confiance;
  • conscience – la pizza et le sens.

Débutant par la créativité, M. Bertholet nous a montré les trois meilleurs hôtels de Los Angeles selon TripAdvisor. Sans surprise, les deux premiers sont des édifices de luxe très cossus. Mais le troisième détonne par son apparence modeste. Qu'a-t-il donc tant à offrir?

C'est que voyez-vous, cet hôtel offre à ses clients un popsicle hotline. Sur simple appel téléphonique, on peut se faire livrer un popsicle où qu'on soit dans l'hôtel. Cette pratique toute simple frappe l'imaginaire des clients et laisse de bons souvenirs, surtout chez les enfants qui accompagnent leurs parents en vacances!

Dans un remue-méninges classique, le popsicle hotline ou toute autre idée complètement « hors de la boîte » ne ressortiront probablement jamais. On s'attaquera à des réalités plus terre-à-terre comme l'optimisation du processus d'enregistrement, la propreté des tapis, etc. Même s'il y a un temps pour ces améliorations, il faut aussi laisser nos employés pousser leur créativité au maximum. La culture de votre organisation est-elle favorable à l'émergence d'idées comme celles du popsicle hotline?

Enchaînant avec le sujet de la communauté, M. Bertholet nous a ensuite révélé les résultats d'une expérience qu'il avait menée plus tôt le jour même. Après avoir intentionnellement laissé traîner dix portefeuilles contenant 5 $ à divers endroits sur le site du Sommet, il était enchanté de nous annoncer que neuf d'entre eux avaient été rapportés! Une étude similaire a été conduite mondialement avec 17 000 portefeuilles dans divers pays : le taux moyen de retour est quand même de 75 %!

Et qu'en est-il quand le portefeuille contient 100 $ au lieu de 5 $? Le pourcentage de retour augmente. Pourtant, la grande majorité des gens sondés prédisent l'inverse, prêtant aux humains toutes sortes de mauvaises intentions. Ce qui prouve que faire confiance aux autres, c'est risqué, mais ne pas faire confiance, c'est tout aussi risqué! Et si, au lieu d'être paranoïaques, nous étions « pronoïaques » en soupçonnant que tout le monde autour de nous complote pour notre bien?

Une belle démonstration de cette confiance est le manuel des employés de Nordstrom, qui se résume en une phrase : « utilisez votre bon jugement dans toutes les situations ». Qui oserait faire ainsi confiance à son personnel sans l'encadrer de multiples règles?

Et la poule dans tout ça? Une autre étude a démontré que si l'on prend la meilleure poule pondeuse de chaque poulailler et qu'on les met ensemble, on n'obtiendra pas une supercommunauté de poules ultraperformantes. Il en est de même pour les humains : essayez de mettre les meilleurs vendeurs de chaque département dans une même équipe! Une communauté se doit d'être équilibrée.

Par rapport à la conscience, M. Bertholet rapportait une manchette racontant le cas d'un pilote d'avion qui avait commandé de la pizza pour les passagers d'un compétiteur cloués temporairement au sol et laissés à eux-mêmes. Un petit geste simple et humain qui a probablement eu plus de retombées positives que n'importe quelle publicité.

Sur le même sujet, celui du sens que l'on donne au travail, nous insérons ici un commentaire de Jean-Philippe Raîche, associé chez Proaction International et maître de cérémonie de l'événement. Ayant déjà conseillé une entreprise en France qui transformait essentiellement des cochons en bacon, il a demandé aux dirigeants combien de leurs employés, selon eux, rêvaient depuis l'âge de neuf ans de travailler chez eux? Combien d'entre eux, à leur sortie de l'usine, répondraient « oui » à la question « es-tu fier de ce que tu as fait aujourd'hui? ».

Voilà qui nous fait assurément réfléchir à l'importance et surtout, au défi de procurer aux employés ce sentiment nécessaire à leur engagement.

Un incontournable à chaque année

Malgré qu'il n'en soit qu'à sa quatrième année, le Sommet Performance s'élève déjà au rang de classique de par la qualité de ses conférenciers. Nous avons moins apprécié le format des « speed conférences » (d'une durée d'environ 12 minutes), justement parce que ce type de capsules est très répandu dans les autres événements du genre et ne donne pas le temps d'approfondir autant les sujets. Nous vous laissons sur cette perle, encore de Jean-Philippe Raîche :

Que diriez-vous d'un employé qui s'est entouré de neuf coachs? Qu'il a des problèmes de performance et beaucoup de lacunes? Pourtant, saviez-vous que Georges St-Pierre, champion d'arts martiaux, avait neuf coachs lorsqu'il était au sommet de son art?

On ne coache pas les gens parce qu'ils ne sont pas bons, on les coache parce qu'ils sont bons!

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